FETE TRADITIONNELLE SINTU-DJADJAGU-EDITION 2026 PROBLEMATIQUE AUTOUR DU NOM DE LA FETE
Bientôt la Préfecture de Doufelgou va encore vibrer aux rythmes des chants et danses du terroir du mont blanc de Niamtougou. C’est une occasion pour les populations lamba, nawdéba et massèe d’exprimer leurs identités culturelles et leurs reconnaissances à leurs ancêtres. Mais depuis quelques années déjà, une vieille polémique revient à chaque édition autour de la dénomination de cette fête SINTOU-DJANDJAGU. En effet, une frange non négligeable de la population de la préfecture réclame la reconnaissance de leur identité culturelle dans la dénomination de la fête traditionnelle. Il s’agit du peuple massèe représentant selon des étudez 27% de la population dont la danse ancestrale AYOTA est exécutée dans trois cantons à savoir Agbandè-Yaka, Alloum et Léon. Qu’en est-il exactement ?
Avec l’évolution des recherches et des esprits, les peuples sont en droit de s’exprimer et d’exprimer aisément le désir de vivre leurs vraies identités à travers la culture. Dans la préfecture de Doufelgou riche en populations et en diversités culturelles, ce désir est assez fort au point de susciter des remous. Composée de 15 cantons, la préfecture de Doufelgou est habitée par plusieurs peuples dont la composition socio-culturelle et traditionnelle laisse entrevoir trois grandes entités. Si depuis longtemps l’opinion populaire ne connaissait que les Lamba et les Nawdéba, notons qu’il y a une troisième entité ethnique qui existe et cherche à s’exprimer : c’est le peuple Massèè qui se retrouve dans trois cantons de la préfecture à savoir les cantons d’Agbandè-Yaka, d’Alloum et de Léon. En réalité, dans la préfecture de Doufelgou, il existe les Lamba, les Nawdéba et les Massèè. Mais depuis longtemps, les Massèè ont été toujours assimilés aux Lamba ; ce qui a logiquement entrainé une confusion. A y voir de près, les peuples lamba, nawdéba et massèè qui vivent dans la même préfecture de Doufelgou, partagent certes les mêmes réalités naturelles, économiques et sociales, mais sur le plan culturel, chacune d’elle possède sa spécificité qui fait d’elle une particularité culturelle. Malheureusement cette confusion socioculturelle entre les Lamba et les Massèè a occasionné des frustrations et des réclamations culturelles des populations massèè. Ceux-ci demandent l’ajout du nom « AYOTA » qui selon eux représente leur vraie identité.
D’où vient la polémique ?
Il s’agit en fait d’un problème de nomenclature qui date de l’époque coloniale. A cette époque, c’est dans un contexte de confusion que l’identification des peuples a été faite et l’opinion est habituée par analogie à entendre dire que la préfecture de Doufelgou est peuplée des Losso. Peu après l’indépendance du Togo, l’opinion s’est accordée que la préfecture de Doufelgou est peuplée des Lamba et des Losso. Mais à cette l’époque, il fallait distinguer les Losso Mabrinawa (Nawdéba) et les Losso Makalissè (Massèè). Dans les années 1980, la tendance a assimilé les Massèè d’Agbandè, Yaka, Aloum et Leon aux Lamba de Defalé, Kadjalla, kpaha, etc . Aujourd’hui, beaucoup de réajustements identitaires se font et permettent d’avoir des précisions sur l’identité réelle de chaque peuple de cette préfecture. Les anciens Losso Mabrinawa (Nawdéba) n’acceptent plus de se faire appeler Losso parce ce que selon eux, ce vocable ne signifie rien dans leur langue ; ils se réclament tout simplement être des « Nawdéba ». De la même manière, les anciens Losso Makalissè, autrefois assimilés aux lamba, se reconnaissent mieux dans leur vraie identité qui est « Massèè ». En s’en tenant à ces informations recueillies sur le terrain, on peut conclure que dans la préfecture de Doufelgou on a les trois grandes ethnies à savoir : les Lamba, les Nawdeba et les Massèe. Les Lamba se retrouvent dans les cantons de Défalé, Kadjalla, Anima, Kpaha, Massedena, Tchoré et en partie à Pouda ; ils parlent le Lamba et leur danse culturelle annuelle pour remercier les mânes de leurs ancêtres, c’est SINTU. Les Nawdéba sont regroupés dans les cantons de Niamtougou, Baga, Siou, Tenega, Koka et en partie à Pouda ; ils parlent le Nawdèm. Leur danse culturelle est DJANDJAGU. Les Massèe se retrouvent dans les cantons d’Agbandè-Yaka, Alloum et Leon ; ils parlent la langue Massèè. Leur danse culturelle est AYOTA. Selon les témoignages, les Massèè demandent que le nom AYOTA soit ajouté à la dénomination de la fête préfectorale, qui deviendrait alors SINTU-DJANDJAGU-AYOTA car disent-ils, ils se sentent culturellement ignorés dans la dénomination de cette fête préfectorale. Ils avancent trois raisons pour soutenir leurs revendications. La première raison est que les Massèe représentent 27% de la population de la préfecture mais ne se sentent pas représentés dans la dénomination de la fête SINTU-DJADJAGU. Donc pour eux, une fête qui ignore la culture de cette grande frange de la population, n’est pas une fête inclusive. La deuxième raison est que, en 2025, c’est la danse culturelle AYOTA des Massèe qui a été retenue comme meilleure danse de la préfecture de Doufelgou pour participer au festival national de danses traditionnelles (FESNAD)-2025 à Kara. La troisième raison est que l’origine même de la fête SINTU-DJANDJAGU vient d’une fête des Massèe. Selon des témoins anonymes, c’est dans les années 1985-1986 que l’ancien préfet de Doufelgou Biyao Kpékpassi qui avait assisté à la fête « Kalissa » dans le canton d’Agbandè-Yaka qui se déroule le premier samedi du mois d’avril, que l’idée de cette grande fête a germée. Cette fête Kalissa qui est l’occasion de remercier les mânes des ancêtres a vraiment intéressé l’autorité préfectorale qui a encouragé l’extension de cette fête Kalissa à toute la préfecture de Doufelgou. C’est ce souci d’étendre une pratique traditionnelle du peuple Massèe qui est à l’origine de la naissance de la fête SINTU-DJANDJAGU. Donc pour les Massèe, ne pas ajouter le nom AYOTA qui est leur identité culturelle est purement et simplement une erreur à corriger pour la cohésion sociale prônée par les plus hautes autorités du pays. Selon certaines indiscrétions, il ressort qu’à la création de cette fête en 1985, il avait été décidé et retenu les trois noms de la fête qui devrait être dénommée : SINTU-DJANDJANGU-AYOTA. Mais contre toute attente, le nom AYOTA qui représente l’identité culturelle des Massèe a été retiré pour des raisons inconnues jusqu’aujourd’hui. Ainsi depuis là, considérant cette exclusion comme une discrimination culturelle, les Massèe réclament en vain, et ce depuis plus de 40 ans, la réintégration de leur identité AYOTA. Ne comprenant pas pourquoi leur identité culturelle ne figure pas dans la dénomination de la fête SINTU-DJADJAGU, ils menacent de boycotter l’édition de 2026 qui se prépare dans le canton de Siou. Vivement que la compréhension prenne le pas sur la mésentente pour une bonne fête.
La rédaction